Elaboration d'un dessin en vue de créer un produit.

Exemple d'une création de tissu


La création est le résultat d’un long travail, et d’une attention quasi permanente. Rien ne serait plus faux que d’imaginer dessinateurs, graveurs ou peintres produire impulsivement un trait de génie. C’est toujours une lente élaboration antérieure. Ainsi, créer formes et couleurs destinées à l’impression sur coton prend chaque fois plusieurs mois…

Avant même le début de la conception, il y a déjà un état de veille sensorielle et intellectuelle. Ce mélange d’observation flottante et de travail mental va générer une idée... "La pittura e cosa mentale" , disait Leonard de Vinci.Une sorte de réflexion continue, appuyée sur une forte culture de métier.

 

"Pour la Marguerite, j’avais vu des rosaces sur des immeubles parisiens, je m’étais dit qu’un jour, je ferai quelque chose inspiré de ces motifs ..."


S’y joint, s’agissant d’arts appliqués à la vie quotidienne, la préoccupation de l’air du temps, des différences de goûts selon les aires culturelles, des évolutions des modes de vie.

Ainsi, l’idée qui va servir de point de départ à la conception est déjà le résultat d’une genèse lente.

 

" Pour le modèle de nappe "Montaigne" (édition Beauvillé 2015) … je suis retournée à Versailles voir les ornementations de Bérain. Ensuite j’ai étudié avec minutie la manière dont il combinait les éléments décoratifs pour rendre son style reconnaissable, et m'en imprégner."

 

" Pour Voltaire, de nombreux motifs ornementaux de ce genre se voient sur les murs et plafonds des appartements parisiens. Depuis toujours je les garde en tête pour les dessiner un jour quelque part. "


Le passage de l’idée à la conception graphique n’est pas non plus immédiat. Il faut encore une phase d’observation, de documentation, ou de recherche, pour caler le projet d’exécution de manière cohérente et harmonieuse.

Il faut imaginer la mise en page, un mélange de style, pourquoi pas. Encore toute une phase de reflexion avant de se mettre à une table à dessin.


 

Le caméléon qui figure sur le modèle "Potagère", je l’ai vu chez un marchand au Maroc, un Marrakech, un souvenir.... (nappe POTAGERE).

J’ai commencé à étudier les petits pois et les artichauts dans un potager du Sud, ensuite j’en ai acheté au marché de Saint Germain des Prés…(nappe POTAGERE)


Les choix de conception sont ensuite arbitrés, ce qui prend aussi du temps . L'ambiance d'un tissu, d'une nappe ne sera pas la même si le dessin est exécuté à la plume, à la gouache en aplat, en mosaïque, pointillé.

La plume pourra donner une atmosphère classique, élégante, raffinée mais aussi plus stricte. La gouache, quant à elle, est plus légère, plus gaie, elle convient bien à des nappes d'été, de plein air par exemple.


Une première étude de la toile de Beautiran, "la côte des deux amants" à la gouache.

Autres études et essais pour un coq extrait d'une toile de Beautiran. Dessin à la plume , à la gouache de façon classique, à la gouache en exploitant les ombres.

"La côte des deux amants" Toile de Beautiran

 

"Finalement, pour la toile de Beautiran "l'Art d'aimer" , j’ai choisi le dessin à la plume et l’encre de Chine, c’est minutieux, il faut du temps, mais c’est une technique ancienne qui me semblait bien aller avec le thème."


Quand enfin ces phases sont achevées, la partie technique peut commencer. Encore ne s’agit-il pas de reproduire, mais de dessiner ce que l’on voit, de la manière dont on le perçoit. Pour le même objet, certains voient une forme aux contours dessinés , sur un fond, quand d’autres voient des différences de lumière, et d’autres encore autre chose. C’est ce qui fait que chaque dessin est radicalement original, les choix de coloration accentuant encore la spécificité d’une oeuvre...

Après l’esquisse, puis le dessin, puis la couleur, selon le cas, il faut ensuite ajuster les tons. En effet, une impression sur coton ne rend pas les mêmes reflets qu’une gouache sur papier. On réalise donc plusieurs essais successifs d’impression. Six mois de travail, en moyenne, durant lesquels on peut travailler sur plusieurs projets à certains moments, mais pas à d’autres.

Enfin, au bout, la réalisation de produits profondément originaux, rares, et précieux.